Aïcha*

Cinéma

Budget : 0,93 M€

Stade : Développement


Réalisation
  • Mehdi Barsaoui
Scénario
  • Mehdi Barsaoui
Production
  • Dolce Vita Films
  • Cinétéléfilms (Tunisie)
Partenaire(s)
  • Cinemed (Bourse d'aide au développement) (2021)

Synopsis

Aya, trentenaire tunisienne, vit à Tozeur, ville du sud tunisien, aux portes du désert. Elle cumule différents postes dans l’hôtellerie pour gagner sa vie. Entre diktats sociaux, pressions familiales et désillusions, Aya n’est pas la fille la plus heureuse du monde. Un jour, un malheur s’abat sur elle. Aya ne le sait pas encore mais ça sera la plus belle chose qui lui soit jamais arrivée. Une occasion inespérée pour cette jeune femme de repartir à zéro, de tout recommencer. De quoi est-on capable pour être libre ? Jusqu’où pouvons-nous aller pour nous affranchir de notre passé ? Aya ne sera plus jamais la même personne.

In english dans le texte
Aya, a thirty-something Tunisian woman, lives in Tozeur, a city in Southern Tunisia, at the gateway to the desert. To earn a living, she holds multiple jobs in the hotel industry. Between social dictates, family pressures and disillusionment, Aya is not the happiest girl in the world. One day, misfortune befalls her. Aya doesn’t know it yet but it will be the most beautiful thing that has ever happened to her. It’s an unexpected opportunity for this young woman to start from scratch, to start her life all over again. What are we capable of in order to be free? How far can we go to break free from our past? Aya will never be the same person again.

Note d’intention
Faut-il mourir pour être libre en Tunisie ? Mourir serait-il devenu l’ultime recours pour pouvoir s’émanciper ? À l’origine de ces questions, un fait divers qui a secoué l’opinion publique en Tunisie en 2019. Une fille qui a miraculeusement survécu à un accident de bus décide de se faire passer pour morte auprès de sa famille. Ce fait divers m’a profondément marqué alors que j’étais en tournée promotionnelle de mon premier long métrage Un fils. J’ai trouvé le courage de cette fille exemplaire. Tout plaquer du jour au lendemain, entamer la vie dont elle a toujours rêvé, en laissant derrière elle son passé, ses failles, ses blessures… C’était fascinant, héroïque et profondément triste à la fois.
Ce fait divers me hantait, c’était devenu presque obsessionnel. Je voulais comprendre comment pouvait-on arriver à tant de désespoir… Comment, dans un pays où l’on obéit corps et âme à ses parents, dans un pays qui sacralise l’autorité parentale, peut- on infliger une telle souffrance à ses parents ? Comment peut-on en arriver là ? C’est en tentant de répondre à ses questions qu’a commencé à germer en moi l’idée de Aïcha.
En me plongeant dans ce personnage féminin afin de comprendre ses motivations, sa quête d’émancipation et d’affranchissement, la réalité du pays m’a très vite rattrapé. Entre frustration, injustice sociale, violence familiale, diktats sociaux et religieux, le destin brisé de cette jeune femme m’a bouleversé. Elle avait presque mon âge et je ne pouvais pas ne pas m’identifier à elle. Nous avions les mêmes rêves, nous partagions le même pays, la même culture, nous aspirions tous les deux à un meilleur avenir après la chute de Ben Ali, mais force est de constater que la Tunisie n’offrait pas les mêmes chances à ses concitoyens. Ce personnage représentait à lui seul cette jeunesse tunisienne souvent brimée, qu’on bernait, à qui on coupait les ailes, à qui on avait déjà écrit le destin. Une jeunesse qui avait des rêves plein la tête, obligée à se soumettre aux différentes pressions qu’exerce sur elle la société : sociale, familiale et religieuse. Derrière donc cette belle vitrine qui fait de la Tunisie un des pays les plus modernes et libres du monde arabe, se cache une face complexe, pleine de paradoxes et de contradictions et cette face obscure de mon pays m’intéressait car elle reflétait le malaise que vivait cette génération, ma génération. Ce personnage ne me quittait pas, il m’accompagnait là où j’allais. Je ne savais pas encore que je voulais en faire un film jusqu’au jour où j’apprends que j’allais devenir père pour la première fois, d’une petite fille… Un parallèle s’est créé. Je me suis tout de suite projeté même si l’environnement dans lequel baigne ma fille et celui d’Aya sont complètement différents mais de nombreuses questions sont venues hanter mon quotidien. Et si un jour je n’arrivais pas à assurer mes fonctions de père, à protéger ma fille, à lui offrir un environnement sain et serein ? Et si un jour j’échouais ? Et si ma fille m’infligeait ce qu’Aya a infligé à ses parents ? C’est en me posant toutes ces questions que l’envie de faire ce film s’est imposée à moi. Je me suis permis beaucoup de liberté par rapport au fait divers d’origine car retranscrire un simple vécu ne m’intéressait pas vraiment. Ce qui m’intéressait plutôt c’est ce voyage initiatique qu’entreprend mon personnage principal. Aïcha sera l’histoire d’un déclic, d’une reconstruction, d’une révélation. Ces moments charnières dans une vie où l’on décide de s’affranchir de son passé, de ses maux, de ses failles. (…) Il est évident que le thème central de ce film sera ce voyage initiatique qu’entreprend mon personnage principal à la découverte d’elle-même mais plusieurs autres thèmes seront en filigrane : la place de la femme dans la société, la corruption de la police, l’injustice sociale, la Loi de l’Omerta, les tabous de la société tunisienne, les violences familiales encore malheureusement trop tues… Un moyen pour moi de confronter la Tunisie qui se vante d’être une des sociétés les plus modernes du monde arabo-musulman à ses paradoxes et à ses tabous. (…)