Grégoire Sivan s’animera trois fois

Après avoir signé plusieurs courts dont La Méthode Bourchnikov et King Crab Attack ainsi que la série Objectivement pour Arte, Grégoire Sivan – qui est par ailleurs monteur – développe trois longs métrages d’animation.

Pour votre passage au long, vous ne faites pas les choses à moitié, vous développez trois longs métrages d’animation…

Après avoir réalisé plusieurs courts métrages et une série en stop-motion, je développe actuellement trois films d’animation qui sont à différents stades d’écriture.
Le projet le plus avancé est French Cowboy. C’est un “western pâtissier” produit par Eric Jehelmann, de Jerico (La Famille Bélier, La Promesse de l’aube).

C’est l’histoire d’un pâtissier français qui se retrouve propulsé au fin fond du Far West et va contribuer, grâce à ses délicieux choux à la crème, à ce qu’une petite ville américaine ait une gare. L’action se passe au moment où on construit le chemin de fer aux Etats-Unis, alors qu’il y a une compétition entre deux villes pour l’implantation d’une railway station. Evidemment, il va y avoir plein de rebondissements, mais notre pâtissier va trouver l’amour ! J’écris French Cowboy avec le scénariste Laurent Turner (Radin !, L’Odyssée).

On avait commencé à développer le projet en stop-motion, mais ça s’avérait assez compliqué au niveau de la production. On le développe finalement en CGI, en images de synthèse.

Quels problèmes particuliers posaient le stop-motion ?

Comme je ne sais pas dessiner, le stop-motion me convient très bien. Or c’est une technique à laquelle peu de films ont recours et que peu d’écoles enseignent : ce n’est pas considéré comme une technique noble !

En stop-motion, il faut faire avec l’angoisse des financiers de ne pas trop comprendre comment ça se fait, de ne pas trop pouvoir se projeter dans le film. En dessin, on peut faire des croquis préparatoires des caractères et des décors pour imaginer ce que ça va donner ; en volume, il faut vraiment tout faire pour voir à quoi ça va ressembler. Il y a certains studios qui sont reconnus pour leur savoir-faire en la matière, comme l’anglais Aardman (Wallace et Gromit, Shaun le mouton, Cro Man…) ou les studios américains Laika (Coraline, L’Etrange pouvoir de Norman…).

Le stop-motion est une technique que j’adore, mais il faut être pragmatique. Avec Eric Jehelman, le producteur, on s’est rendu compte que ça allait être compliqué d’arriver à financer French Cowboy en stop-motion. Donc on a changé de paradigme et de technique. Le but, c’est de raconter une histoire !

A propos d’histoire justement, vous développez aussi un long métrage chez Zazi Films…

J’ai en effet un projet avec Zazi Films, la société de Laetitia Galitzine et Hugo Gélin, que je connais tous deux depuis longtemps. J’ai assuré le montage des longs métrages de Hugo (Comme des frères, Demain tout commence), mais aussi de la série Casting et des clips qu’il a réalisé.

Je leur ai proposé d’adapter un roman jeunesse de Jean-Philippe Arrou-Vignod, Une famille aux petits oignons. C’est un bouquin que m’a fait lire ma fille, qui raconte les histoires des Jean-Quelque-Chose. Ce sont des chroniques qui se déroulent dans les années 1960-70, dans une famille où il y a cinq garçons. Pour résumer, c’est une sorte de Petit Nicolas fois cinq !

Avec mon co-scénariste, Jean-Luc Gaget, on a inventé une histoire originale à partir des personnages et de certaines situations du livre. Notre scénario débute alors que la famille déménage de Cherbourg à Toulon. Ils vont devoir s’adapter à une nouvelle vie dans cette ville qu’ils ne connaissent pas et où les gens ont un accent bizarre. Comme leur mère se met à travailler, alors que jusqu’ici elle ne faisait que s’occuper d’eux, notre club des cinq, trouvant ça louche, va se mettre à enquêter pensant que maman est agent secret… Le film traite des affres de l’adolescence, d’émancipation…

Votre dernier projet est l’adaptation sur grand écran de la série “Objectivement” que vous aviez réalisé pour Arte ?

Ce projet est effectivement l’adaptation de la série Objectivement (40 x 2’), que j’avais coréalisé avec Mikaël Fenneteaux, diffusée sur Arte il y a trois ans. C’était une chronique du quotidien dont le pitch était : qu’est ce qui se passe quand on quitte la maison et que les objets restent seuls ? Est-ce qu’ils ont la fonction qu’ils imaginent ?

On a décidé de faire un film d’aventure dont les personnages sont des objets. Tout commence avec un personnage qui disparaît. Les autres personnages vont tout faire pour lui venir en aide, quitte à sortir de leur écosystème (les objets du quotidien vivent dans un lieu clos, ils bougent rarement, à part le téléphone portable, la montre…). Ils vont alors se rendre compte que le monde est vaste, et qu’il y a peut-être un territoire qui s’appelle Objectopia, qui serait une sorte de paradis sur terre… C’est une aventure où les objets du quotidien sont humanisés. Il y a de l’anthropomorphisme, ils ont chacun une voix, des caractéristiques, une personnalité…

A travers cette histoire, nous voulons poser un regard un peu décalé sur le réel et sur le quotidien, parler des problèmes actuels et notamment de l’obsolescence programmée et du recyclage (qui, d’une certaine manière, est de la réincarnation !). A travers moult questions : quand on est un objet, est-ce l’être humain qui détermine quand on n’est plus utile ou peut-on avoir une forme d’auto-détermination ? A partir du moment où un objet a une sorte d’autonomie, a-t-il encore besoin des êtres humains ?…

Objectivement est développé avec Thibault Gast, de 24 25 Films (Un homme idéal, La Finale). Je le co-écris avec Mikaël Fenneteaux, mon co-réalisateur, et Emmanuel Poulain Arnaud. Comme avec Mikaël, on a passé beaucoup de temps sur ce projet, entre la série (on avait d’ailleurs développé une saison 2 qui ne s’est finalement pas faite suite à un changement de direction chez Arte) et maintenant le long, nous avions vraiment besoin de quelqu’un avec un regard neuf à nos côtés.

Revenons sur votre parcours. Vous êtes monteur de formation…

J’ai fait des études de cinéma en France et au Canada dont la Femis, en section montage. Monteur est mon vrai métier !

Quand je suis monteur, je suis au service d’un réalisateur, d’un film, d’une histoire, d’un scénario, des rushes qu’il a tourné… Au montage, c’est une lapalissade, mais on réécrit un peu le film. Il y a vraiment quelque chose qui relève de l’écriture, de la narration. De toute façon, chaque étape – écriture, réalisation, montage – est en fait, d’une certaine manière, une critique de la précédente. Quand on tourne, on reprend le scénario, on l’adapte, on l’affine… Après, dans le secret d’alcôve de la salle de montage, on peut décider de coupes un peu drastiques, c’est là que le film prend vraiment corps.

Au montage, certains réalisateurs savent exactement ce qu’ils veulent, et ont tout filmé en conséquence. Il y en a d’autres, par contre, qui sont prêts à tout réécrire en salle de montage, conscients que le cinéma est une vaste supercherie à tous les niveaux.
Ce qui est surtout drôle, c’est de se dire que malgré l’infini des possibilités, il n’y aura qu’un film qui existera à la fin. Ou alors deux, s’il y a une director’s cut !

J’ai monté pas mal de comédies et de films de genre. En fait, j’aime bien les films qui provoquent des réactions, où il y a une émotion brute : de la rigolade et de la peur.

Qu’est ce que votre expérience du montage vous apporte dans votre travail d’écriture et de réalisation ?

Ça m’aide énormément ! L’idée du montage, c’est d’arriver à faire le deuil de scènes… Le fait de travailler comme monteur m’aide à enlever des choses dès l’écriture. On écrit différentes péripéties mais quand on affine, on écrème. Sur La Famille aux petits oignons, dans la dernière version du scénario, on a enlevé tout le début du film, 15 pages, pour être plus efficace. On ne l’aurait peut-être pas fait si je n’étais pas monteur, comme d’ailleurs mon co-scénariste, Jean-Luc Gaget.

Dans l’écriture, un monteur a peut-être un peu moins de mal que d’autres à se départir de certaines choses. On sait qu’après le tournage, ça passera peut-être à la poubelle, autant l’y mettre avant ! Après, il y a des scènes qui peuvent partir, revenir…

Propos recueillis par Olivier du Jaunet

Game of cards
Grégoire Sivan, qui ne manque décidément ni de ressource ni de talent, a conçu (avec Pascal Sardaby) un jeu de cartes, Pict it. Le but : faire deviner à ses adversaires des titres de films, séries, livres, BD, chansons, personnages… en les “pictant” (comprendre, en les faisant deviner avec des picto) grâce à une combinaison de 1 à 7 cartes. Le jeu comprend 110 cartes (102 cartes picto et 8 cartes joker). Le premier joueur qui trouve le titre – en hurlant le plus fort possible – remporte la manche. Alors : imaginez, pictez, faites deviner ! Surtout, amusez-vous !