Jean-Marc Auclair, auteur et producteur à la fois

Après avoir travaillé dans la production puis comme scénariste, Jean-Marc Auclair a créé Alauda Films (groupe Makever) pour devenir auteur-producteur et ainsi suivre ses projets d’un bout à l’autre. 

Scénariste reconnu (B.R.I.G.A.D., Mes amis, mes amours, mes emmerdes…), qu’est-ce qui vous a poussé à devenir producteur ?

En fait, je viens initialement de la production. Je ne suis venu à l’écriture que par la suite. J’ai ainsi travaillé aux côtés de Yves Rousset-Rouard puis de Monique Annaud chez Chrysalide Films avec laquelle pendant quatre ans nous avons produit 12 comédies romantiques à l’américaine pour Canal+. Comme Monique ne parlait pas anglais, c’est moi qui allais à toutes les réunions de travail à Los Angeles, c’était génial ! Mais déjà à l’époque, je rêvais d’écrire. J’avais donc écrit – la nuit – un scénario que je ne montrais à personne. Monique Annaud est tombée dessus, elle l’a envoyé à Canal+, et Canal a décidé de le faire. C’est comme ça que j’ai vendu mon premier scénario de comédie, coécrit avec Olivier Marvaud.

Par la suite, Marathon m’a proposé d’écrire et de produire une série pour M6, Indaba (25 x 26’), une sorte de Daktari moderne. J’ai écrit la série, et l’ai produite ; on a passé huit mois en Afrique du Sud… J’approchais déjà de mon vrai but, auteur-producteur ! Après, j’ai écrit pendant 15 ou 18 ans…

Quand avez-vous réellement franchi le pas ? et pourquoi ?

Quand Makever m’a proposé de rejoindre leur groupe il y a un peu plus de quatre ans, j’ai sauté sur l’occasion. Etre producteur, c’est pour moi une manière de suivre le film d’un bout à l’autre. Parce qu’en tant qu’auteur, dans le système français, assez rapidement on te file ton chèque et on te remercie… Or, je voulais suivre mes projets de A à Z. Le seul moyen pour ça en France c’est d’être producteur. Et donc, comme l’ont fait Dominique Lancelot et quelques autres auteurs, de monter sa boîte pour pouvoir gérer un projet d’un bout à l’autre de la chaîne.

J’ai donc créé Alauda Films. J’ai produit à ce jour deux unitaires pour France 3, Meurtres à l’abbaye de Rouen (2014), qui était le troisième film de la collection « Meurtres à… », et le thriller Alliances rouge sang (2016) avec Barbara Cabrita et Anthony Delon. Ce n’est pas énorme mais les audiences ont été bonnes et les marges correctes ; Meurtres à l’abbaye de Rouen a déjà été acheté quatre fois !

Je me suis rendu compte qu’être producteur impliquait un autre positionnement. Après avoir été auteur pendant plus d’une quinzaine d’années, je n’avais pas forcément les codes ni les relations au sein des chaînes. Je suis un nouvel entrant face à des gens qui sont sur le marché depuis 20 ans voire plus. En fait, j’ai dû apprendre un nouveau métier, ce qui est passionnant ! Mais ça prend du temps.

Qu’est-ce que le fait d’être scénariste vous apporte dans votre travail, votre métier de producteur ?

Depuis que j’ai créé Alauda Films, j’ai optionné une cinquantaine de projets, c’est beaucoup en l’espace de quatre ans.
Je pense que je comprends les problématiques d’un auteur, comme je l’ai été. Je comprends comment un auteur fonctionne, je comprends ses craintes et ses joies, et j’ai pour le moment de très bonnes relations avec eux. C’est certainement un avantage au stade du développement.

J’ai une approche un peu différente de ma fonction. Je ne veux pas être comme tant de producteurs qui mettent des cloisons entre l’auteur et le réalisateur, pour que les talents ne se parlent pas. Moi, je fais l’inverse. Sur mes films, les auteurs sont conviés sur le tournage. Je veux que tout le monde travaille en équipe. Je pense que c’est le seul moyen de travailler intelligemment. Mais ce n’est pas vraiment la tendance en France : on divise, on sépare encore beaucoup les choses.

Auteur-producteur, ça s’apparente à showrunner ?

En France, on n’a pas la culture du showrunner, et je ne pense pas qu’elle soit près d’exister. Les seuls à réellement s’en approcher sont en effet les auteurs qui créent leur société de production. A l’instar de Dominique Lancelot avec Auteurs Associés pour Section de recherches, et de quelques autres, peu nombreux. Même Frédéric Krivine reconnaît qu’il n’était pas showrunner ; sur Un village français, il était directeur d’écriture, il allait très peu sur le tournage.

L’idéal, pour moi, ce serait d’être l’auteur d’un concept, de créer une série que j’arriverais à placer sur une chaîne, en embarquant une équipe d’auteurs qui travailleraient en atelier. Etre un showrunner à l’américaine ! C’est vraiment l’objectif ultime.

Propos recueillis par Olivier du Jaunet.

Projets à suivre…
Alauda Films développe plusieurs séries de 52’ comme A mains nues, sur les Compagnons de France de nos jours ; Juste à temps, sorte de Retour vers le futur version famille française à Cassis en 1976 ; Stand by Me, sur l’amitié, comme une version contemporaine de Mes amis, mes amours, mes emmerdes ; Violation, une série d’anticipation ; Fugitive, une version féminine du Fugitifou Archipel dont l’action se passe aux Kerguelen. Il développe aussi quelques unitaires dont un nouveau Meurtres à… ; une collection de films dédiée aux femmes françaises qui ont fait l’Histoire, Les Illustres inconnues ; et même un long métrage, Single. Tous projets à découvrir sur la plateforme.